Procès – Une femme de 79 ans poursuit 14 multinationales

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ProcèsUne femme de 79 ans poursuit 14 multinationales

Une Franco-Vietnamienne de 79 ans poursuit en justice 14 multinationales de l’agrochimie, se disant victime de «l’agent orange», un produit chimique toxique qu’elles ont produit.

L’«agent orange» a affecté cette jeune fille.

L’«agent orange» a affecté cette jeune fille.

AFP

Une Franco-Vietnamienne de 79 ans, qui poursuit en justice 14 multinationales de l’agrochimie en se disant victime de «l’agent orange» qu’elles ont produit, espère que la décision que rendra lundi le tribunal d’Evry, au sud de Paris, créera un précédent juridique. Née en 1942 dans l’Indochine française, Tran To Nga s’est engagée dans le mouvement indépendantiste du nord du Vietnam et a aussi couvert la guerre (1955-1975) comme journaliste. Elle affirme y avoir alors été exposée à un produit chimique extrêmement toxique, surnommé «l’agent orange».

Des dizaines de millions de litres de ce défoliant ont été épandus par l’armée américaine, entre 1962 et 1971, sur les forêts et les cultures vietnamiennes et laotiennes afin d’empêcher la progression de la guérilla communiste. Depuis 2014, cette grand-mère franco-vietnamienne mène une bataille judiciaire, au civil, contre 14 firmes, dont le géant germano-américain Bayer-Monsanto, pour avoir produit ce composé ultratoxique.

Procès «historique»

À travers ce procès «historique», Tran To Nga entend participer à la reconnaissance internationale du crime «d’écocide»: «Ce n’est pas pour moi que je me bats» mais «pour mes enfants» et «ces millions de victimes» ayant souffert des effets durables de «l’agent orange», a-t-elle déclaré. Si «des recherches sont toujours en cours» pour déterminer son préjudice physique, Tran To Nga dit souffrir de pathologies «caractéristiques» d’une exposition à cet herbicide. Atteinte d’un diabète de type 2 avec une allergie à l’insuline «rarissime», elle a aussi contracté deux tuberculoses, a eu un cancer et une de ses filles est décédée d’une malformation cardiaque.

«L’agent orange» contient une dioxine à la puissance toxique «absolument phénoménale», treize fois supérieure au glyphosate par exemple, a souligné la juriste Valérie Cabanes. «La reconnaissance de victimes civiles vietnamiennes créera un précédent juridique» si la responsabilité des multinationales est établie, avait expliqué Valérie Cabanes en janvier. Car seuls d’anciens combattants américains, australiens et coréens engagés au Vietnam ont été indemnisés lors de procès entre 1987 et 2013.

Lundi, le tribunal d’Evry devra dire si l’action de Tran To Nga est recevable et statuer sur la responsabilité des sociétés assignées. Il pourrait leur demander de réparer le préjudice moral et le préjudice physique, pour lequel la plaignante a demandé 200 000 euros d’indemnités provisionnelles.

Sur ordre

À travers les plaidoiries de leurs avocats, le 25 janvier, les firmes attaquées avaient assuré avoir agi «sur l’ordre de (l’État américain) et pour son compte». Le conseil de Monsanto, Me Jean-Daniel Bretzner, avait fait valoir qu’un tribunal français n’était pas compétent pour juger l’action d’un État étranger souverain dans le cadre d’une «politique de défense» en temps de guerre.

«Ce commandement de l’autorité légitime n’est pas exonératoire», avait rétorqué Me William Bourdon, un des avocats de Tran To Nga, citant le principe de refus d’obéissance à un gouvernement si l’ordre donné est criminel «et illégal».

(L'essentiel/AFPE)

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