Avortement en France – «Une femme sur trois aura recours à une IVG»

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Avortement en France«Une femme sur trois aura recours à une IVG»

Le nombre d'avortements est stable depuis 15 ans en France, mais au pays de Simone Veil, les obstacles sont nombreux pour les femmes qui veulent exercer leur droit à l'avortement.

C'est parmi les femmes de 20 à 24 ans que le taux reste le plus élevé.

C'est parmi les femmes de 20 à 24 ans que le taux reste le plus élevé.

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C'est un fait établi: «Une femme sur trois aura recours à un avortement au cours de sa vie», rappelle Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial. L'an dernier, 216 700 IVG (voir encadré) ont été réalisées dans l'Hexagone, quasiment le même nombre qu'en 2001, quand le délai légal est passé de 10 à 12 semaines de grossesse. Mais 43 ans après la légalisation de l'avortement, il y a encore selon Mme Séhier «des territoires en difficulté», où cet acte médical relève d'un parcours de combattante. Ainsi, dans la Sarthe, l'hôpital du Bailleul a dû interrompre son activité d'orthogénie en janvier, après que trois médecins ont fait valoir leur «clause de conscience», qui leur permet de refuser de faire des IVG. Après l'intervention du gouvernement, la reprise était prévue début octobre.

Ce cas n'est pas isolé, mais «il est impossible d'avoir des chiffres sur la clause de conscience, car ils n'existent pas», déplore Anne-Marie Curat, présidente de l'Ordre des sages-femmes. «Les médecins qui ne veulent pas en faire sont toujours les mêmes», rétorque Andrée Parrenin, vice-présidente de l'Ordre des médecins. Un «état des lieux» chiffré de l'accès à l'IVG, commandé la semaine dernière par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, devrait permettre de savoir si le nombre de médecins faisant valoir la clause de conscience est en augmentation. Quant à son éventuelle suppression, la secrétaire d'État à l'Égalité femmes/hommes, Marlène Schiappa, a dit jeudi sur BFM qu'elle n'y était «pas favorable». Lorsqu'un gynécologue est contre l'avortement, «en tant que femme (...) je préfère qu'il ne pratique pas d'avortement sur moi», a-t-elle fait valoir.

«Des bâtons dans les roues»

Quand ce n'est pas la réticence du praticien, c'est parfois son absence qui complique les choses. «C'est un équilibre précaire. Il suffit qu'un médecin prenne sa retraite ou parte en congé», constate Mme Séhier, sur la foi des 26 000 appels annuels au numéro vert national «aide avortement» (0.800.08.11.11) géré par le Planning familial. Elle évoque les cas récents des hôpitaux de Longjumeau (Essonne), Aubenas (Ardèche) et Fougères (Ille-et-Vilaine), qui ont dû réduire ou arrêter temporairement les IVG.

Le phénomène ne concerne pas que les villes moyennes. À Paris, l'hôpital Tenon peine à recruter un médecin titulaire pour son centre IVG, qui fonctionne grâce à des vacataires. «Ça devrait être un acte médical comme un autre, mais force est de constater qu'il a toujours une connotation militante», observe Francis Pomey, gynécologue libéral installé dans le nord de la capitale. Dans son cabinet, où il prescrit la pilule abortive, il dit voir arriver «des femmes à qui on a mis des bâtons dans les roues». Pour lui, la médecine de ville «absorbe ce que l'hôpital ne peut pas faire».

Progression des IVG médicamenteuses

Depuis 2004, l'IVG médicamenteuse (jusqu'à la 7e semaine de grossesse) a été progressivement autorisée aux médecins libéraux, aux centres de santé, aux centres de planification et d'éducation familiale (CEPF) et dernièrement aux sages-femmes. Elle représentait un tiers des avortements en 2001, contre deux tiers pour les actes chirurgicaux, une proportion qui s'est inversée en 15 ans. Cette tendance va de pair avec la fermeture de nombreuses maternités: sur la même période, leur nombre est passé de 679 à 497 en métropole, soit une baisse de 27%.

«Chaque fois que vous avez une petite maternité qui ferme, vous avez un centre IVG qui ferme», souligne Mme Séhier. La coprésidente du Planning familial pointe par ailleurs l'activisme des sites Internet anti-IVG, «toujours très présents». Une loi votée début 2017, censée sanctionner la «désinformation» en ligne sur l'avortement, s'avère en pratique inefficace. Le discours de ces opposants trouve un relais chez certains gynécologues: dans un reportage diffusé début septembre sur TMC, le président du principal syndicat de cette profession, Bertrand de Rochambeau, justifiait sa «clause de conscience» par le refus de «retirer des vies». À l'occasion de la journée internationale pour l'avortement, vendredi, un rassemblement ayant pour mot d'ordre «les femmes décident» est prévu en fin de journée à Paris.

(L'essentiel/afp)

538 IVG au Luxembourg

Selon son dernier rapport annuel, le Planning familial a pratiqué 538 IVG en 2017 contre 580 en 2016. Elle se faisait en moyenne à 4,2 semaines de grossesse. 64,3% des femmes avaient plus de 25 ans. La moyenne d’âge était de 27,5 ans sur la période 2009-2017.

Une IVG pour quatre naissances

L'an passé, 216 700 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été dénombrées, dont 202 900 en métropole, indique une étude annuelle du service statistique des ministères sociaux. Ce chiffre, qui représente environ une IVG pour quatre naissances en France, est stable par rapport à 2016 (environ 216 000 selon la dernière révision). Depuis 2001, le nombre d'IVG varie entre 215 000 et 230 000. Le taux moyen de recours à l'IVG est de 14,4 pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en métropole et de 26,2 dans les départements et Régions d'outre-mer (Drom).

C'est parmi les femmes de 20 à 24 ans qu'il reste le plus élevé, 26,7 pour 1 000. Chez les mineures, les taux ont continué de baisser, avec 6,3 recours pour 1 000 femmes parmi les 15-17 ans.

Selon les régions, les disparités sont notables: de 10,2 IVG pour 1 000 femmes en Pays de la Loire à 20,8 en Provence-Alpes-Côte d'Azur et plus de 33 en Guadeloupe ou Guyane. En nombre d'IVG, l'Île-de-France, région la plus peuplée, arrive en tête avec plus de 52 000 avortements.

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