Avortement au Luxembourg – Une IVG illégale contre des dessous de table

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Avortement au LuxembourgUne IVG illégale contre des dessous de table

LUXEMBOURG – La réforme de l’avortement sera débattue fin novembre à la Chambre. Stoppera-t-elle les pratiques dangereuses?

Celles qui n’ont pas les moyens de pratiquer l’avortement clandestin, ont parfois recours à des méthodes plus dangereuses.

Celles qui n’ont pas les moyens de pratiquer l’avortement clandestin, ont parfois recours à des méthodes plus dangereuses.

Tout comme en France ou en Belgique, les femmes, au Luxembourg, ont douze semaines pour pratiquer l’interruption de grossesse. Au-delà de ces trois mois, si les faiseuses d’anges et leurs aiguilles à tricoter ne courent pas les rues au Luxembourg, l’avortement clandestin existe bel et bien. «Des médecins luxembourgeois le pratiquent en échange de dessous de table», affirme Danielle Igniti, présidente du planning familial au Grand-Duché. Cette pratique illégale serait la conséquence des contraintes imposées par la loi de 1978. «Avorter ici, c’est une course contre la montre», déplore la responsable.

Celles qui n’ont pas les moyens de pratiquer l’avortement clandestin, ont parfois recours à des méthodes plus dangereuses. «À plusieurs reprises, des patientes sont venues me voir avec un médicament trouvé sur Internet pour se faire avorter», raconte Danielle Igniti. L’exemple du Cytotec est assez parlant. Des pilules utilisées pour provoquer une fausse couche, dangereuses pour la femme si elle n’est pas assez informée et encadrée par un médecin. Ce recours médicamenteux inquiète le planning familial.

Un accès facilité pour les mineures

Autre phénomène inquiétant, la fuite des patientes vers l’étranger. «Il est parfois très difficile de prévoir une opération dans les temps. Du coup, certaines de nos patientes partent se faire avorter de l’autre côté de la frontière, à Thionville ou à Rochefort», explique la responsable. Au-delà des douze semaines, le planning redirige les femmes vers la Hollande, le pays le plus proche à autoriser l’IVG au-delà des trois mois de grossesse. «Une fois qu’elles sont parties, nous perdons le contact avec elles et notre travail de sensibilisation devient extrêmement difficile», souligne Danielle Igniti.

Selon le député socialiste Alex Bodry, membre de la commission juridique qui s’est entretenue mercredi sur le projet de loi, l’accent doit être mis sur l’information et la prévention pour éviter aux Luxembourgeoises de se retrouver dans une situation de détresse. «C’est une étape, pas un point final. Il restera encore des choses à faire », confirme le bourgmestre de Dudelange. «La nouvelle loi va faciliter l’accès à l’IVG», ajoute-t-il.

L’élu évoque la possibilité pour les mineures de se faire avorter sans l’accord obligatoire de leurs parents et la situation sociale de la femme qui sera désormais prise en compte. Mais pour certains, ça n’est pas suffisant. «Le projet de loi non seulement ne dépénalise pas l’avortement, mais maintient encore les deux consultations obligatoires», concluent Déi Gréng dans un communiqué de presse.

Nastassia Solovjovas

Les chiffres du planning familial

En 2011, 463 femmes sont venues au planning familial et se sont faites avorter au Luxembourg. 58 ont été redirigées vers l'étranger et parmi elles, 19 avaient dépassé la date limite de 12 semaines.

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