Football féminin – Une joueuse sur deux n'a pas reçu tout son salaire

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Football fémininUne joueuse sur deux n'a pas reçu tout son salaire

La sécurité de l’emploi, mais aussi la santé et le bien-être acquis durement ces dernières années par le monde du football féminin, sont en recul à travers le monde.

Megan Rapinoe (de face) fait beaucoup pour son sport, mais la pandémie risque de précariser encore la discipline.

Megan Rapinoe (de face) fait beaucoup pour son sport, mais la pandémie risque de précariser encore la discipline.

AFP

Le développement du football féminin était sur de bons rails en 2019, porté par l’engouement de la Coupe du monde et de sa visibilité record. Mais la pandémie qui paralyse le monde cette année ne fait pas d’exception et frappe durement une discipline encore en construction. Une réalité difficile à mesurer en temps réel, mais que le syndicat des joueurs de football professionnels (FIFpro) a décidé de questionner dans une étude. Et le constat est alarmant: dans les 62 pays étudiés, la pandémie menace partout les avancées en matière d’égalité des sexes dans le football.

Contrats et salaires sous pression

Il était déjà compliqué d’avoir un contrat en bonne et due forme pour les footballeuses. De plus, la plupart de ces contrats étaient de courte durée et précaires dès l’origine. Un tiers des syndicats ayant participé à l’enquête souligne qu’aucune sportive ne disposait de contrat dans son pays, tandis que dans 40% des cas, elles n’étaient que quelques-unes à en avoir signé un. Une situation qui peut laisser les joueuses sans protection, en proie à l’incertitude et l’insécurité.

La pandémie a provoqué, dans 24% des cas, des résiliations et des modifications de contrats. Dans 47% des réponses des syndicats, il a été rapporté que les salaires ont été réduits ou suspendus. Souvent nécessaire à la pratique du sport à haut niveau, le soutien non financier (logement, repas, assurance) s’est vu réduit ou supprimé dans 27% des championnats. Des chiffres qui ne reflètent pas l’entier de la détresse, puisqu’ils se basent sur les joueuses en possession d’un contrat, ce qui représente encore une exception.

Pas ou peu de soutien

Face à l’incertitude, la plupart des joueuses n’ont pas pu compter sur les ligues ou les clubs. Dans 69% des réponses, les syndicats estiment que la communication avait été mauvaise ou très mauvaise entre la ligue, les clubs et les joueuses. Le constat est aussi accablant par rapport aux équipes nationales, dont plus de la moitié (52%) n’ont pas pris contact avec leurs joueuses pendant la pandémie.

De ce manque de lien entre les instances dirigeantes, les clubs et les joueuses découlent d’autres manquements. Dans 34% des cas, le bien-être physique des joueuses a été soutenu par les clubs. Un soutien psychologique et mental n’a été proposé que dans 16% des cas. Mais dans la majorité (40%) des réalités quotidiennes, rien n’a été mis en place pour les sportives.

Des financements bientôt en baisse?

Alors que les marques se dirigeaient plus facilement vers le football féminin ces dernières années, la pandémie risque de mettre à mal cette évolution. C’est en tout cas l’avis de la moitié des syndicats, qui estiment que les compétitions de clubs vont devoir faire face à une baisse du sponsoring, tandis qu’un quart ne se sentait même pas concerné, tant le soutien privé est infime dans leur pays.

Si l’avenir du football féminin semblait encourageant avant la pandémie, celui qui se dessine maintenant paraît plus trouble. L’incertitude reste entière quant aux issues de la crise. Pour la FIFpro, cette situation peut être un moyen de construire différemment toute la structure du football féminin. Mais les chercheurs soulignent aussi un risque de récession, avec un retour à des pratiques connues et considérées comme plus conventionnelles, ce qui ne ferait pas les affaires du football féminin.

Si le rapport souligne aussi quelques initiatives qui ont aidé les sportives durant cette pandémie, toutes ne seront pas avancées. Un premier exemple va malheureusement dans ce sens: beaucoup d’entre elles ont dû se battre, rien que pour être incluses dans les protocoles de retour au jeu.

(L'essentiel/Thibaud Oberli)

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