Bande dessinée – Une plongée au coeur de la légende Chris Kyle
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Bande dessinéeUne plongée au cœur de la légende Chris Kyle

MYTHE – Nury et Brüno reviennent sur le parcours et les dernières heures du tireur d’élite, utilisant un autre point de vue que Clint Eastwood dans «American Sniper».

Chris Kyle et son assassin sont les héros de l'album.

Chris Kyle et son assassin sont les héros de l'album.

Dargaud

«L’homme qui tua Chris Kyle» se penche sur un véritable mythe américain. Le sniper qui a officié pendant la guerre d’Irak avant d’être assassiné par un détraqué sur un stand de tir du Texas en 2013 «est un personnage inattaquable aux États-Unis», rappelle le scénariste Fabien Nury, contacté par L’essentiel. Le biopic de Clint Eastwood, «American Sniper», avait fait un carton outre-Atlantique, en 2015, et renforcé encore un peu sa stature de héros.

Plus que le film, le point de départ de l’album est «l’élection de Donald Trump en 2016, qui a symbolisé une dérive autocratique fascisante», explique Fabien Nury. Après de nombreuses recherches sur cette histoire «complètement folle», il a «ressenti le besoin de raconter cette Amérique contemporaine». «Les personnages d’Eddie Ray Routh (le tueur), de Taya (l’épouse de Chris Kyle), ou encore le procès peu commun, m’ont donné de la matière». L’auteur estime «terrible que l’on puisse être tant aimé pour avoir tué des gens».

«Construction mythologique»

La fabrication d’une Légende, le surnom de Chris Kyle, «mérite différents points de vue», selon l’auteur, qui s’est donc penché sur le parcours mouvementé d’Eddie Ray Routh, très détaillé dans l’album. Le fait divers révèle entre autres une fracture dans la société, entre le héros à qui tout réussit et ce jeune paumé qui boit et fume plus que de raison. «Chris Kyle a été tué car il était la Légende. Il était même écrasé par ce statut, les dernières années de sa vie». Le point de vue de Taya, qui «devient dépositaire de la Légende», est également mis en avant.

Le personnage peut paraître brutal, mais Fabien Nury n’a «surtout pas voulu lui manquer de respect», même s’il «n’aime pas particulièrement ce genre de personne». Il note que «cet homme qui a fait fortune sur sa légende, donc sur la mort, est très bien perçu aux États-Unis mais fait peur en Europe, ce qui en dit long sur nos sociétés».

Il n’a pas voulu non plus «délivrer de message politique», notamment sur les armes à feu. «Il y a les armes, mais aussi la musculation et la religion, qui font partie d’une construction mythologique». Le récit est mis en valeur par le dessin si caractéristique de Brüno, avec son style épuré et très expressif, parfois proche de la caricature. Les deux hommes, auteurs de la série «Tyler Cross», ont réalisé ensemble le découpage et la mise en scène. «Le but était de produire un documentaire graphique», conclut Fabien Nuty.

(Joseph Gaulier/L'essentiel)

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