Océan Arctique – Vers un basculement neige-pluie plus précoce

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Océan ArctiqueVers un basculement neige-pluie plus précoce

Une étude met en garde contre les impacts, pour la nature et l’homme, de l’altération liée au réchauffement climatique. La région arctique va perdre en glace et gagner en humidité.

Mi-août, de la pluie avait été observée pour la première fois au sommet de la calotte glaciaire du Groenland, à plus de 3000 mètres d’altitude.

Mi-août, de la pluie avait été observée pour la première fois au sommet de la calotte glaciaire du Groenland, à plus de 3000 mètres d’altitude.

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L’Arctique se réchauffe beaucoup plus rapidement que la moyenne de la planète, entraînant un recul de la banquise et une augmentation de l’humidité dans l’air. En conséquence, les scientifiques prévoient une augmentation importante des précipitations sur ces régions d’ici à la fin du siècle. Mais sous quelle forme?

Les auteurs de l’étude publiée dans «Nature Communications» ont comparé les prévisions de la dernière génération de modèles climatiques aux précédentes modélisations. Ils estiment que le basculement vers un régime de précipitation annuel dominé par la pluie, et pas par la neige, se produit «une ou deux décennies plus tôt».

Autour de 2070?

«Les changements vont être plus importants et bien plus précoces que ce qui était estimé précédemment, ce qui aura des impacts majeurs sur la vie dans la région», explique l’auteure principale de l’étude, Michelle McCrystall, chercheuse à l’Université de Manitoba au Canada. «En automne par exemple, où le changement est le plus important, la zone centrale de l’Arctique pourrait faire la transition autour de 2070 selon les récents modèles, alors que les anciens prévoyaient 2090.»

Tout dépendra toutefois de l’ampleur du réchauffement. Au rythme actuel, la pluie devrait devenir majoritaire globalement sur l’Arctique avant la fin du siècle, mais limiter le réchauffement à +1,5°C, objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, pourrait permettre de préserver une région dominée par la neige, selon l’étude.

Ces résultats montrent que «les pires impacts peuvent être évités» si les émissions de gaz à effet de serre sont drastiquement réduites, a commenté Gavin Schmidt, de l’institut Goddard d’études spatiales de la NASA, contestant une partie de l’étude. Pour ce chercheur, qui n’a pas participé à l’étude, les résultats ne prouvent pas que la pluie arriverait plus rapidement que prévu.

Réchauffement exacerbé

Dans tous les cas, des effets en cascade du basculement entre neige et pluie sont attendus. Par exemple, la multiplication des épisodes de pluie tombant sur la neige risque d’augmenter la mortalité des rennes et caribous, dont dépendent les communautés locales: les animaux ne peuvent plus accéder à leur nourriture, sous la couche de glace impénétrable qui se forme alors. La diminution de la couverture neigeuse va également réduire l’effet d’albedo (capacité à réfléchir l’énergie solaire), exacerbant ainsi le réchauffement, note l’étude.

Mi-août, de la pluie avait été observée pour la première fois au sommet de la calotte glaciaire du Groenland, à plus de 3000 mètres d’altitude. Un événement «inquiétant» dans cette zone, qui devrait pourtant rester dominée par la neige au XXIe siècle, estime Michelle McCrystall, même s’il n’est pas possible, à ce stade, de dire si c’est un événement isolé ou un signe que la réalité pourrait être pire que les modèles.

(L'essentiel/AFP)

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