Présidentielle russe – Vladimir Poutine sûr de l'emporter à nouveau

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Présidentielle russeVladimir Poutine sûr de l'emporter à nouveau

Bien qu'une opposition inédite se fait entendre depuis plusieurs semaines dans les principales villes russes, le Premier ministre devrait être élu président, selon les experts.

La grande inconnue du scrutin présidentiel de dimanche est la tenue ou non d'un deuxième tour, estiment des experts. Une telle hypothèse risquerait d'écorner un peu plus l'aura de Vladimir Poutine. L'enjeu du second tour rend ce scrutin «différent des autres élections», avance Andre Liebich, professeur à l'Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID). Dans tous les cas de figure, l'actuel Premier ministre risque fort de se retrouver en «mauvaise posture», affirme ce spécialiste de la Russie.

Si M. Poutine obtient plus de 50% des voix et est élu dès le premier tour, il sera confronté à des accusations de fraudes. Et si un second tour est nécessaire, il verra sa crédibilité entamée, car en Russie, «il y a une attente de leaders forts». Même s'il est donné gagnant, «le Premier ministre a perdu son aura d'homme providentiel» et ce, dès son jeu de chaise musicale avec Dmitri Medvedev. «Sa réputation d'intégrité (en comparaison avec les années Elstine) s'est estompée au cours des années», explique-t-il.

«Deux/ trois villes, ce n'est pas la Russie»

«Un deuxième tour serait un camouflet mais pas une catastrophe: Vladimir Poutine ferait avec», nuance Nicolas Hayoz, directeur de l'Institut d'Europe centrale et de l'Est de l'Université de Fribourg. Ce dernier est convaincu que M. Poutine «a de bonnes chances de passer au premier tour». Pour la première fois, le régime fait face à une contestation d'une telle ampleur dans la rue, notamment de la part d'une classe moyenne qui a émergé lors de l'embellie économique de 2000 et qui a soif de démocratie. Mais ce phénomène reste cantonné aux grandes villes.

«Et deux/ trois villes, ce n'est pas la Russie», fait observer M. Hayoz. M. Poutine dispose toujours d'un fort soutien en province. Une partie des gouverneurs des provinces sont incités à faire en sorte que le parti de Poutine, Russie Unie, puisse faire des scores plus qu'acceptables, selon Nicolas Hayoz. En outre, «les salariés des structures étatiques sont sous pression de leur hiérarchie», explique une jeune Russe émigrée et membre du groupe «Pour des élections honnêtes».

«Même sans manipulations Poutine a des chances de gagner»

Ils peuvent perdre leur travail ou une prime s'ils ne votent pas Poutine ou ne participent pas aux manifestations en sa faveur. Au-delà des intimidations, une grande partie de la Russie provinciale adhère toujours de son plein gré au discours de Vladimir Poutine sur l'ordre et la prospérité, quitte à fermer les yeux sur quelques entorses à la démocratie.

Ils restent opposés à la démocratisation demandée par l'opposition. «Pour eux la démocratie est synonyme d'instabilité et de désordre, à l'image des années 1990», fait remarquer Nicolas Hayoz. Le régime compte en outre un large soutien parmi les retraités, car «il paie régulièrement les retraites». Nicolas Hayoz estime que «même sans manipulations Poutine a des chances de gagner», car en face «il n'y a pas de deuxième Poutine». «Il n'y a pas d'alternative à Poutine, pas de solution de rechange: ses adversaires ont des personnalités lamentables», renchérit Andre Liebich.

L'opposition n'a aucun visage

Les candidats, «vulgaires et peu informés», n'ont pas l'échine assez épaisse pour remplacer M. Poutine, relève-t-il. Le communiste Guennady Ziouganov «est l'anti-charisme incarné». Quant à l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, c'est «un clown», qui n'hésite pas à jouer du coup de poing au Parlement.

Le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, quant à lui, incarne tellement la figure du «nouveau russe», que certains soupçonnent l'entourage de M. Poutine de l'avoir dans la course pour rehausser la cote de popularité du Premier ministre, indique M. Liebich. En outre, personne n'est là pour donner un visage à l'opposition - morcelée - de la rue, qui n'arrive pas à se mettre d'accord sur un programme commun et qui ne forme pas de parti», conclut Nicolas Hayoz.

(L'essentiel Online/ats)

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