Tunisie: Vote sur une Constitution très critiquée

Publié

TunisieVote sur une Constitution très critiquée

Les Tunisiens votaient lundi sur une nouvelle Constitution très critiquée, qui renforce les pouvoirs du président Saied au risque pour le pays, berceau du printemps arabe, de revenir à un régime autoritaire.

Le président Kais Saied votant lors du référendum sur le projet de constitution lundi 25 juillet.

Le président Kais Saied votant lors du référendum sur le projet de constitution lundi 25 juillet.

AFP

La Tunisie, confrontée à de graves difficultés économiques, aiguisées par le Covid et la guerre en Ukraine dont elle dépend pour ses importations de blé, est aussi très polarisée depuis que le président s’est emparé de tous les pouvoirs il y a un an, arguant de l’ingouvernabilité du pays. La participation est le principal enjeu du référendum, où le oui a de fortes chances de l’emporter, les grands partis d’opposition dont le mouvement d’inspiration islamiste Ennahdha ayant appelé leurs électeurs à s’abstenir.

Lundi est jour férié et beaucoup de Tunisiens ont fait le pont. Un total de 13,6% (1,213 million) des 9,3 millions d’inscrits avaient voté à 16h30, a indiqué Farouk Bouasker, président de l’autorité électorale (Isie). Les premiers résultats sont attendus «mardi dans l’après-midi», a dit à l’AFP un porte-parole de l’Isie, Mansri Tlili. Après avoir voté, le président a appelé à approuver sa Constitution pour «établir une nouvelle République fondée sur la vraie liberté, la vraie justice et la dignité nationale». Ennahdha a dénoncé des déclarations pouvant orienter le vote, représentant «une fraude au référendum».

Vers la dictature?

Cette nouvelle loi fondamentale controversée, imposée par le président Saied, accorde de vastes pouvoirs au chef de l’État, en rupture avec le système parlementaire en place depuis 2014. Le président désigne le chef du gouvernement et les ministres et peut les révoquer à sa guise. Il peut soumettre au Parlement des textes législatifs qui ont «la priorité». Une deuxième chambre représentera les régions, en contrepoids à l’Assemblée des représentants (députés) actuelle.

L’opposition et de nombreuses ONG ont dénoncé une Constitution «taillée sur mesure» pour Saied, et le risque de dérive autoritaire d’un président n’ayant de comptes à rendre à personne. Sadok Belaïd, le juriste chargé par Saied d’élaborer la nouvelle Constitution, a désavoué le texte final, estimant qu’il pourrait «ouvrir la voie à un régime dictatorial». L’opposition a appelé au boycott du scrutin, invoquant un «processus illégal» et sans concertation.

Le nouveau texte «donne presque tous les pouvoirs au président et démantèle tous les systèmes et institutions pouvant le contrôler», a dit lundi à l’AFP Said Benarbia, directeur régional de la Commission internationale des juristes CIJ. Il lui donne «davantage de pouvoirs que la Constitution de 1959», élaborée sous Habib Bourguiba, en supprimant la séparation des pouvoirs et «un pouvoir judiciaire subordonné à l’exécutif».

Problèmes économiques

Pour l’analyste Youssef Cherif, des espaces de liberté restent garantis mais la question d’un retour à un régime dictatorial similaire à celui de l’ex-autocrate Zine el Abidine Ben Ali, pourrait se poser «dans l’après-Kais Saied». Pour la majeure partie de la population, la priorité est ailleurs: une croissance poussive (autour de 3%), un chômage élevé (près de 40% des jeunes), une inflation galopante et l’augmentation du nombre de pauvres à 4 millions de personnes.

La Tunisie, au bord du défaut de paiement avec une dette supérieure à 100% du PIB, négocie un nouveau prêt avec le FMI qui a de bonnes chances d’être accordé mais exigera en retour des sacrifices (baisse des subventions aux produits de base, notamment), susceptibles de provoquer une grogne sociale.

(AFP)

Ton opinion

0 commentaires