Tracing en France – «Vous avez côtoyé des personnes sans le masque?»

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Tracing en France«Vous avez côtoyé des personnes sans le masque?»

Sur une plateforme de l'Assurance maladie, des «traceurs» réconfortants recherchent les cas contacts des patients positifs au Covid-19 pour «casser les chaînes de contamination».

Les téléopérateurs essaient d'être réconfortants pour ne pas alarmer leurs interlocuteurs.

Les téléopérateurs essaient d'être réconfortants pour ne pas alarmer leurs interlocuteurs.

AFP/Frederick Florin

«On va repartir 48h avant le début des symptômes, madame», explique patiemment Gaétan Raoult, un traceur en CDD, vêtu d'un beau costume cravate. «Vous vivez seule? Personne n'est passé vous voir depuis lundi?», insiste-t-il au téléphone, son interlocutrice, âgée, étant «un peu déboussolée, dans le flou».

Comme tous les cas positifs qui viennent de faire leur entrée sur le SI-DEP, la plateforme où laboratoires, hôpitaux, pharmaciens et médecins enregistrent les résultats des tests de dépistage, elle a reçu un SMS lui demandant de préparer la liste de ses cas contacts. Mais «il faut démêler le vrai du faux, les gens sont parfois un peu perdus», note le jeune homme. «Certains ont du mal à donner des contacts, d'autres en donnent trop!».

Jusqu'à 120 téléopérateurs

«On recherche les personnes que vous avez côtoyées de façon rapprochée, sans masque, dans des pièces peu aérées», égrène-t-il au téléphone, suivant des modes opératoires «qui couvrent un maximum de situations» et permettent de «rebondir suivant les réponses».

Assis à bonne distance de leur voisins, micro-casque sur la tête et masque sur la bouche, ils sont une vingtaine de téléopérateurs en ce début de matinée, répartis sur la plateforme de contact tracing de Nanterre, en région parisienne. Au plus fort de la deuxième vague, ils étaient 120 en permanence sur le site, des volontaires de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine ou des CDD embauchés en renfort.

95% des cas investigué

«Avant on courait derrière l'épidémie, maintenant on a de l'avance», se réjouit Christian Collard, directeur général de la CPAM, qui reconnaît avoir dû faire face à deux problèmes, un de ressources humaines, l'autre de place. Au niveau national, 95% des cas sont maintenant investigués contre seulement 78% début novembre. Le trop faible nombre de cas contactés, associé à des délais de rendu des tests trop longs, avait contribué à rendre inefficace la stratégie «tester-tracer-isoler».

Outre la baisse «spectaculaire» du nombre de nouveaux cas positifs en France (9 000 mardi contre près de 60 500 le 6 novembre), la tâche des traceurs s'est simplifiée avec le confinement. Là où avant on parlait de mariage, de match de foot ou encore de halte au bar, il n'est plus question que de week-end en famille et de déjeuner au restaurant d'entreprise, plus facile à retracer. Sauf pour cet homme, l'autre jour, qui a avoué avoir participé à la soirée clandestine de Joinville-le-Pont, s'amuse une téléopératrice.

«Et respecter l'isolement !»

«Bonjour, je vous appelle car selon nos informations, vous avez été en contact avec un patient qui a été testé positif au Covid. Vous êtes au courant?», questionne doucement Olga Mounjongue Sebe, rappelant, d'un ton très poli, qu'un isolement de «sept jours après le contact avec son patient 0» était nécessaire. «Je les écoute, je les accompagne», explique la traceuse, lunettes et masque noirs.

La personne contactée a déjà reçu un SMS l'orientant vers un site détaillant les mesures à respecter et proposant un bon pour aller se faire tester après l'isolement, ainsi qu'un arrêt maladie en cas de télétravail impossible. Mais cette personne n'ayant pas été au bout de la démarche sur le site (comme 68% des cas contacts la semaine dernière selon Santé Publique France), elle a droit à son appel. Et son décryptage: «Oui, vous devez refaire un test dans 7 jours même si vous avez déjà eu un test sérologique positif», explique Olga. «Et respecter l'isolement!», martèle la conseillère.

(L'essentiel/AFP)

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